LES DEUX MÉTROS MARSEILLAIS
Un article écrit par Étienne Quinn.
En arrivant à Marseille il y a six ans, j’ai travaillé dans un centre social dans le 12e arrondissement. Je prenais la ligne 1 depuis les Cinq Avenues, jusqu’au terminus, à La Fourragère. La distance entre les deux arrêts n’est pas longue à vol d’oiseau. Mais en métro, on parcourt presque la ligne de part en part. Et le centre-ville dans sa totalité.
D’arrêt en arrêt, les passagers descendent des rames. Peu vont jusqu’au terminus. Personne n’a grand-chose à y faire. A partir de La Blancarde, le métro s’enfonce dans la colline. D’étriquées et surpeuplées, les stations deviennent grandioses et vides. On a l’impression d’être dans un temple
souterrain. Les dernières stations de la ligne sont plus récentes et très peu fréquentées. Il y a beaucoup de résidences et maisons pavillonnaires à La Fourragère, à Louis Armand et Saint Barnabé.
Le métro est silencieux. Il est défendu par des escalators gigantesques encastrés dans d’immenses coulées de béton. Personne de s’y précipite. Il attend en gare longtemps avant de repartir dans l’autre sens, vers la Rose. Il se remet enfin en route.
Passé la préfecture, il boucle par le Vieux Port et s’arrête au cœur de Belsunce, à la station Colbert. Là, l’ambiance est différente. Les plafonds sont bas. Les passagers sautent par-dessus les tourniquets et dévalent les escaliers pour monter dans la rame avant que les portes ne se referment. Un sans-abri dort en haut de l’escalator. Quelques mois plus tard, il aura disparu.
Le métro monte ensuite vers l’Est : Malpassé, Frais Vallon, La Rose. Frais Vallon est une cité-ville de plus de six mille habitants que le métro permet de désenclaver, contrairement aux autres grands ensembles, plus au Nord, dans les 14e et 15e arrondissements. La station est un point clé de la vie du
quartier. On y trouve plusieurs commerces dont une boulangerie, une pharmacie, un magasin de vêtements et un marché qui se tient plusieurs matins par semaine.
La ligne comporte des sections aériennes à partir de Malpassé. Il l’est intégralement entre Frais Vallon et La Rose. A La Rose il y a du mouvement. De tous les côtés : élèves, étudiants, étudiantes, travailleurs et travailleuses. Le métro décharge son lot, tandis que les rames se remplissent déjà sur le quai d’en face.
Le soleil fait éclater les couleurs chaudes de l’intérieur des rames, vides en dehors des heures de pointe. Le métro s’arrête à nouveau, puis repart. Dans son fracas habituel, il s’enfonce une nouvelle fois sous terre.
