SARAH KORZEC

Un texte écrit à quatre mains par Agathe & Camille Mattei

  Sarah Korzec est une jeune artiste, qui étudie aux Beaux-Arts d’Aix, et travaille et vit à Marseille. Au départ de la rencontre avec Sarah, une recherche, un travail sur la mémoire du quartier du Panier, et sur le rôle des récits familiaux dans la construction de l’identité des individus.


Sarah Korzec : “Ils l’avaient bien mérité”


Très vite, il est apparu que son travail peut être lu comme une quête de mémoire, autant incarnée dans le corps que dans l’esprit : ils ne sont jamais strictement séparés. Dépassant la simple thèse selon laquelle un mal psychologique peut entraîner des marques corporelles, elle les lie utilisant les notions de mythe et de rituel. Les mythes qui nous ont été transmis de génération en génération, et souvent oralement, nous enseignent des vérités immémorielles et sont vecteurs de croyances. Celles-ci permettent le décentrement et l’inscription de soi dans un tout qui nous dépasse, sentiment libérateur.

Or, cette transmission construit également notre perception du monde au-delà de la rationalité scientifique absolue qui ne permet aucune autre explication du monde que celle qu’elle propose. Tout comme les croyances sont héritées, les souffrances et les traumatismes le sont également. Il s’agit alors, par une quête de soi, de découvrir une mémoire familiale, et de la rendre possible. Les récits se tissent entre eux, pour former un entrelacs de trajectoires personnelles, ayant pour résultat ce que l’on est.

Dans le travail de S. Korzec, il ne s’agit pas cependant simplement de faire des recherches directement auprès des membres de sa famille. L’artiste introduit au sein même des processus de son travail une dimension mystique. C’est alors le récit de sa visite chez la “dame des os”, ostéopathe mystique, à l’occasion d’un travail de recherche, qui se propose de nouer éléments concrets et symboliques, pour retracer un parcours familial. Les générations sont inextricablement liées, les conséquences des actions passées marqueront pleinement le corps de ceux qui suivront.

Mais cette notion n’est-elle pas dure à porter ? Il s’agit là aussi d’une fatalité à laquelle il est difficile d’échapper, dévoiler les souffrances permet de les comprendre, mais comment les accepter ? La réponse de S. Korzec passe par la mise en place d’une véritable méthode pour acquérir une certaine sérénité face aux émotions, parfois violentes qui la traverse : les rituels. Elle les considère « comme des moments de pause, d’arrêt » pour permettre de surmonter les obstacles. Appliquer du sel sur ses gencives pour soigner les gingivites, ou encore se masser les yeux avec des perles, sont autant de moyens de se soigner.

Calendrier du bougre et autres mois lubriques
29.7x21cm, 2018, rizographie

  Prendre conscience de son corps à travers des rituels strictement définis par soi-même, cadre réconfortant. L’artiste nous livre alors un mode d’emploi spécifique ainsi que des dessins illustrant la notion de soin à travers des éléments nous appartenant réellement, et nous les appropriant, formant un chemin parallèle à la médecine moderne qui évite les particularités de chacun, se conformant à la norme suprême d’une esthétique unique et artificielle. Les œuvres de Sarah Korzec manient avec humour et subtilité les notions de contes, de croyances d’un côté, et de rationalité et de sciences de l’autre, les mettant au même plan pour questionner notre rapport aux autres, à la vérité et à la réalité. Les douze planches, sous la forme d’un calendrier rappelant les almanachs médiévaux du Calendrier du bougre et autres mois lubriques, constituent une remise au centre de la réflexion du temps qui s’écoule, rythmé par des récits qui structurent le réel. Chaque mois est une illustration, mêlant les mythes et légendes de civilisations diverses.

S. Korzec n’explicite néanmoins pas ses inspirations, laissant au spectateur le loisir de participer non seulement à l’enquête sur leurs origines, mais également au développement de notre propre imagination. C’est à chacun de composer sa propre mythologie. Rêver.

Pour en lire davantage sur le travail de Sarah, nous lui avions également consacré un entretien lors de la publication du Hors Série Marseille Fantasme :  “Les mythes sont une question de survie”.

Pour retrouver le travail de Sarah : https://www.instagram.com/sarahkorzec/