légende urbaine

N°3/JUIN 2020 : UTOPIES, DYSTOPIES 



ÉDITO / UTOPIES, DYSTOPIES

    Lorsque nous avons commencé à programmer le contenu de ce numéro, nous ne savions pas vraiment quelle serait son épine dorsale, son « sujet », dystopies et utopies comme concepts appliqués à la ville et aux campus en particulier. Nous l’avons d’abord construit autour de l’œuvre de Sara Fiaschi, et nous avons évolué vers le présent numéro en tâtonnant. Le texte qu’elle a produit nous a décidé. Il traite, notamment, de contrôle social, de travail, de transhumanisme.
C’est un texte typiquement dystopique. Ce que nous ne savions pas, c’est combien il allait s’avérer pertinent de réfléchir au concept de dystopie à l’heure où un virus est devenu presque un symbole du mode de vie urbain, un révélateur de nos pratiques, mais aussi des inégalités qu’elles produisent et qui sont propres à la manière dont elles s’organisent. Ce virus nous a aussi montré la capacité du Pouvoir à mobiliser un discours, moral, scientifique, politique, qui justifie l’abandon de très nombreuses libertés. Il nous faudra être attentifs pour que ces privations ne restent qu’exceptionnelles, et qu’elles ne passent pas dans le droit commun. Lorsque nous écrivions sur ce qu’est un campus, à Marseille, en France, ailleurs, nous avons adopté une grille de lecture qui souligne, met en évidence, les traces du Pouvoir, et comment il organise le contrôle dans l’espace et favorise la productivité des étudiants. Ces traces sont discrètes, mais visibles, si on est attentifs ; il faut l’être aujourd’hui plus encore.

Bonne lecture ! Les membres de La Zone


@Lisa
@Lisa Birgand - Luminy
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À LA RECHERCHE DE L’UNIVERSIT É :
UN ITINÉRAIRE UTOPIQUE EN PROIE À UNE MARCHANDISATION DYSTOPIQUE

Un texte de Maxime Lehmann, historien troubadour

   Héritier des projets éducatifs de l’Antiquité et des expériences des socialistes utopiques du XIXe siècle, le Vieux Continent est devenu un acteur majeur du capitalisme universitaire mondialisé. Alors que l’idée universitaire a toujours nourri les utopies concrètes, notre contemporanéité fait glisser l’idéal vers une marchandisation dystopique du savoir et de la connaissance. L’aménagement des territoires étant un enjeu majeur dans l’itinéraire de l’université, cette intégration de l’enseignement supérieur à la mondialisation néolibérale fait des vastes domaines universitaires des non-lieux standardisés aux normes esthétiques des plateformes du numérique.

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Les expériences des socialistes utopiques à la source de nos universités contemporaines

    Le XIXe siècle est souvent présenté comme le siècle des idées avec la formalisation des grandes idéologies libérale et socialiste. La première génération de socialistes, dits utopiques, portait une attention particulière à l’éducation des masses prolétaires dans des espaces de vie communautaire. Leur idéal était de bâtir des communautés à taille humaine et harmonieuses. La géométrie de ces espaces se déployait dans un imaginaire où l’aménagement urbain conditionne les relations humaines pour atteindre l’idéal sociétal. Le système politique et le fonctionnement harmonieux de la communauté sont ainsi rendus possibles par le projet architectural dans son ensemble.1 Largement nourris par les phalanstères fouriéristes, on retrouvera cette même dynamique dans les campus universitaires du XXe siècle. Communautés extra-muros, organisation politique et sociale, planification économique, règles morales et éthiques, universalité, de nombreux liens de filiation existent entre les expériences utopistes de Fourier, Cabet, Saint-Simon, Owen ou d’Enfantin avec la construction des campus universitaires2. Ces pionniers ont ainsi renoué avec l’idéal platonicien de lieux d’études supérieurs construits en vases clos, à l'extérieur des villes. Éloignés des turpitudes des centres urbains, bénéficiant de calme et de verdure, ces espaces aménagés sont pensés pour être propices à l’apprentissage, la réflexion et l’enseignement.



@Lisa Birgand - Luminy


Cette période marqua profondément l’imaginaire occidental de ce que devait être une université. La pensée libertaire du XXe siècle prit le relais dans le portage de cet idéal universitaire. Ce renvoi de la vie universitaire en dehors des villes ne doit rien au hasard. Le milieu universitaire est pensé comme une communauté idéalisée où les murs, les courbes, les espaces conditionnent les comportements, les relations et le travail. Véritable lieu pour construire un homme nouveau, l’enseignant-universitaire devient un guide pour son disciple-étudiant. Le campus forme alors une élite universitaire protégée des affres de la cité devenue ville.  Formatage des esprits, des comportements individuels et des relations sociales par l’aménagement urbain ; volonté de créer un homme nouveau et de faire entrer toutes les dimensions de la vie dans un projet social ; on identifie parfaitement les dynamiques du XIXe qui avaient conduit ces expériences communautaires à basculer de l’utopie à des formes de dystopies totalisantes. Cet utopisme libertaire règnera jusque dans les années 1980 en culminant en 1968. Un rapport préparatoire à la construction du domaine universitaire de Sart-Tilman en Belgique en est évocateur :

« Maison du savoir acquis et dispensé, une Université doit être faite surtout pour la jeunesse, pour sa santé et pour sa joie autant que pour son travail. Sous la conduite des guides amis que ses maîtres sont pour elle, cette jeunesse a le droit d'y acquérir de claires et solides connaissances en même temps que l'art d'apprendre. Elle a aussi le droit, en s'y enrichissant d'expérience et de sagesse, de conserver ses enthousiasmes et ses curiosités. Loin des bruits de la ville, on a résolu de lui aménager au Sart Tilman les conditions adéquates à une vie collective harmonieuse et dense, à une vie où il y ait le moins possible de temps perdu, mais le plus possible de labeur efficace, de bon délassement et de repos réel. [...] C'est là aussi que se retrouveront avec, une élite universitaire consciente des responsabilités qui lui incombent à l'égard de la vitalité intellectuelle, sociale et économique de la ville, de la région, du pays et de l'Europe en train de se faire, tous ceux que leur profession, leurs devoirs ou leurs goûts désignent comme les animateurs de la vie culturelle liégeoise. »3



@Lisa Birgand - Luminy


La désillusion de la fin des Trente Glorieuses, la mondialisation néolibérale et la construction d’un capitalisme universitaire ont mis fin à cette utopie libertaire. L’urbanisme de cette période, qui acheva les campus et autres domaines universitaires, n’avait ainsi plus la même conception en faisant du fonctionnalisme de l’espace le principe essentiel aux aménagements. Les espaces universitaires ne sont plus considérés comme des lieux à préserver du tumulte des villes mais comme des ensembles péri-urbains à intégrer aux dynamiques de métropolisation. Entre béton, parkings généralement vides, logements étudiants et bâtiments souvent inadaptés à la massification des systèmes d’enseignement supérieur, le rêve de domaines universitaires réunissant “les conditions adéquates à une vie collective harmonieuse et dense” s’est alors éloigné.

Émergence d’une économie de la connaissance mondialisée

Les années 1970 et 1980 ont été marquées par la fin des dépenses illimitées des États, et cela valait également pour le système éducatif. Au même moment, on massifiait l’éducation et l’enseignement supérieur, ce qui nécessitait des investissements conséquents pour garder à niveau les infrastructures et les adapter aux nouveaux besoins des populations. Ces investissements, d’ordinaire publics, se sont privatisés. En effet, dans la mondialisation néolibérale naissante, les universités devaient se mettre au pas en rejoignant de vastes pôles de compétitivité incluant les universités rassemblées en domaines ou campus. L’accélération de la construction européenne entraîna alors un bouleversement des systèmes d’enseignement supérieur des pays membres, pour devenir compétitifs sur le marché mondial de l’économie de la connaissance.



@Lisa Birgand - Luminy


Cette tendance à la marchandisation du savoir4 est commune à un grand nombre de pays dans le monde. En effet, le savoir devant contribuer à la sphère marchande de l’économie, il est désormais jugé à l’aune de son utilité. Les universités les plus innovantes mais surtout celles qui s’adaptent le mieux aux besoins économiques sont alors récompensées par la captation d’investissements publics-privés. La recherche est devenue la première victime de ces dynamiques. Si les chercheurs souhaitent voir leurs activités financées, ils devront : participer à toutes sortes de colloques proches des acteurs économiques, répondre à des appels à projets, devenir des collaborateurs privilégiés des entreprises. Finalement, le métier de chercheur devient celui d’un chargé d’études prospectives. Il en est de même pour les étudiants invités à rationaliser leurs parcours et donc à suivre des cursus en lien avec l’entreprise. On n’étudie plus pour acquérir de la connaissance mais pour obtenir un emploi. Une notion de retour sur investissement devient centrale à mesure que les étudiants sont forcés à payer des sommes astronomiques pour leurs études. On ne s’étonnera pas que la filière bénéficiant le plus du programme Erasmus soit celle du « business, administration et droit »5.



@Lisa Birgand - Luminy

En harmonisant les systèmes d’enseignement supérieur des pays membres de l’Union Européenne, le processus de Bologne a surtout formalisé le marché universitaire européen. Par l’adoption continentale de la reconnaissance des diplômes Licence - Master - Doctorat, l’enseignement supérieur du Vieux Continent plongeait dans la concurrence internationale des universités. Depuis les années 1980, de nombreux classements internationaux des établissements de l’enseignement supérieur commencèrent à être publiés. Cela participera à hiérarchiser les universités entre celles de rang mondial, destinées aux élites mondialisées et les autres qui devront tout faire pour monter dans le classement, souvent par la mise en œuvre des politiques néolibérales. À cette fin, la “modernisation” des universités verra une gestion managériale s'immiscer dans la gouvernance du supérieur. 

Un aménagement universitaire standardisé

Rivaliser sur le terrain universitaire avec les autres espaces continentaux par le biais de “clusters”, voilà le projet néolibéral pour l’université. Rassemblant industries, entreprises de services, recherche et enseignement, cette marchandisation a un impact évident sur l’aménagement des territoires de l’enseignement supérieur. Certains espaces sont mis au goût du jour (infrastructures modernes, écrans plats pour habiller les établissements, espaces de co-working, incubateurs de start-ups ou fablab). L’étudiant est ainsi préparé à devenir un entrepreneur. Tout est pensé pour faire de ces lieux de véritables utopies néolibérales : des sas de liaison entre le capitalisme universitaire et le marché mondial.



@Lisa Birgand - Luminy

Le concept de non-lieu prend alors tout son sens lorsqu’il est appliqué aux universités du XXIe siècle. « Espaces fonctionnels nés de la mondialisation »6, les universités sont standardisées et déshumanisées par un aménagement moderne en rupture avec les lieux « anthropologiques ». Aux gares, aéroports ou centres commerciaux, s’ajoutent ainsi les établissements du capitalisme universitaire. Dans cette uniformisation du monde, le design de ces non-lieux est dominé par les normes esthétiques des plateformes du numérique7. Formatant toujours plus les espaces pour les adapter à l’économie, on risquerait bien d’accentuer cette fameuse crise de la culture et de l’éducation8. Il est décrit depuis quelques décennies comment cette rupture de la transmission des savoirs s’est creusée au profit du développement d’un capital humain standardisé et préparé à son exploitation par « les eaux glacées du calcul égoïste »9. Ou plutôt par la Main Invisible amenée à l’université… Pourtant, loin d’être un état de fait, cette dynamique repose sur des choix politiques de plus en plus soumis aux diktats économiques et loin des attentes de la démocratisation d’un enseignement supérieur de qualité pour tous.


Pour aller plus loin :

1« Histoire des idées politique – La pensée politique occidentale de l’Antiquité à nos jours », Olivier Nay, Armand Colin, 2016

2« De l’utopie au non-lieu. Genèse d’un campus : le « domaine universitaire de Sart Tilman », Fabienne De Met, Pascal Durand, Yves Winkin, Laboratoire d’anthropologie de la communication de l’Université de Liège, 1996

3« Cahiers du Sart Tilman n° », ULg, Liège, 1967

4« La dérégulation universitaire. La construction étatisée des « marchés » des études supérieures dans le monde » Christophe Charle et Charles Soulié (dir), Syllespse/M Éditeur, 2015

5« La mobilité étudiante Erasmus + - chiffres 2015/2016 » ( https://publication.enseignementsup-recherche.gouv.fr/eesr/FR/T826/la_mobilite_etudiante_erasmus_dans_l_enseignement_superieur/ 

- 6« Non-lieux et hyper-lieux », JBB, Géoconfluences, 2017


- 7« Welcome to AirSpace », Kyle Chayka, The Verge, sans date

- 8« La crise de la culture », Hannah Arendt, 1972

- 9« Le manifeste du parti communiste », Karl Marx et Friedrich Engels, 1848



SARA FIASCHI : “COMPOUND”
Notice : Agathe Mattei ; Texte : Sara Fiaschi

  "Au départ des questionnements qui nourrissent mon travail, il y a ce mot valise «Nature», qui renvoie à la question de l’anthropisation de notre environnement. Un environnement en perpétuel mutation, qui convoque différents degrés d’artifices chez les êtres vivants et qui fait ressortir des situations équivoques : entre la science et la science-fiction, l’ordinaire et le grotesque, l’amateur et le spécialiste. L’enjeu se situe entre l’aspect scientifique et l’aspect fictionnel des choses, de souligner comment ces deux tendances permettent de créer une forme de récit qui constitue ce qu’est la nature: un savant mélange de croyances et de faits. Au travers différents domaines comme la biologie, la science-fiction, la géologie, les jeux vidéos sandbox, les road-movies, j’essaie de créer un vocabulaire de formes issu de ces grands ensembles pour réaliser mon paysage idéalisé, qui comme Nature Rature est un ensemble de sculptures s’inspirant de formes organiques et géologiques constituant un inventaire protéiforme qui scénarise un récit potentiel sous forme de micro-scénettes.
Prêter une voix, fictive et potentielle, c’est ce qui m’intéresse avec le discours sur la nature. C’est de faire parler la matière ou ceux à qui on ne prêterait une voix ; comme dans mon texte La Réserve, qui, entre récit d’expérience et fiction, traduit la vie de mouches drosophiles et OGM. Je joue à être une phénoménologue, une magicienne, une poète, une chercheuse sans science, une dresseuse de puces sans puces."






Voilà comment Sara nous décrit son travail, et voilà ce qui nous a intéressées, dès nos premiers échanges. De l’idée initiale de travailler ensemble autour du concept de nature, dans un lieu justement en profonde tension entre environnement protégé et urbanisation, production et transmission de savoir et logiques de conditionnement, nous avons progressivement dérivé vers l’idée de dystopie, de production d’idéologie et de basculement dans l’aliénation. Alors, nous avons articulé tout le numéro autour du texte qu’elle a écrit, fruit de ces réflexions. Ce texte s’appelle Compound, et il cristallise les enjeux de définition de ce qu’est encore le bien commun que l’on appelle éducation, des espaces où elle est pratiquée, et de la temporalité dans laquelle on l’inscrit : c’est un texte dystopique, mais ce n’est pas de la science fiction.


Instagram : Sara Fiaschi
Site internet : http://www.sara-fiaschi.fr/


Iconographie, de gauche à droite :
Nature Rature, 2018-2019 ; Vai!, 2016 ; Image extraite de la vidéo Can we do it?, 2018 ; La Réserve, 2018.
Pour aller plus loin :





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Compound


Elle venait de passer le PC sécurité : son empreinte digitale, la forme de son iris, une fois scannées, avaient rejoint la base de données d’InCorp+Partners. Un fragment d’elle-même était devenu partie intégrante d’un catalogue d’identités digitalisé, d’un annuaire de ceux qui n’ont plus le choix. Ceux qui s’aventuraient jusqu’à Luminy ne s’y trouvaient pas par hasard, mais plutôt parce que la vie ne devait pas être une lutte, ou qu’ils avaient lutté pour prendre part à celle-ci. Elle passa la première enceinte circulaire qui entourait la totalité du pôle de recherche et développement ; environ vingt-cinq hectares de terrain comprenant une pinède sèche, qui, après de nombreux incendies, dévalait des troncs calcinés en langues noires cristallisés par le sel, jusqu’au bord des eaux vertes de la mer. L’espace que recouvrait l’entreprise, ou plutôt le territoire qui était le sien, ce compound nord-méditerranéen, était un labyrinthe abrité par plusieurs enceintes circulaires qui régissaient l’accès à ses différents organes : le noyau étant réservé à une élite. L’enceinte extérieure, qui descendait en zigzaguant à travers les masses rocheuses jusqu’à l’ancien port, ressemblait étrangement à la Grande Muraille de Chine qui aurait préféré le béton armé à la pierre de taille.





Allant vers l’Hexagone, un espace de rencontres et de conférences, elle appuya son index sur une surface de verre micro-ventilés où des capteurs optiques, rugissants de lumière, lui offrirent l’accès à la salle. La scène s’éclaira d’un halo qui inondait les épaules d’un homme mince au visage fin, aux yeux perçants et aux mains agiles. La lumière allait croissante et bientôt chaque partie de son corps qui avait été découpée apparaîtrait unie au cœur de l’aura. Cet homme, elle le reconnaît bien, c’est Liam Fodden, le PDG d’InCorp+Partners, venu accueillir les novices, ceux qui débutent au sein l’entreprise et découvrent pour la première fois le compound. Elle l’a vu à la télé, sur les réseaux sociaux, sur les derniers panneaux d’affichages publics qui n’ont pas été ravagés par les appels à la haine, les slogans anarchistes ou anti-capitalistes devenus monnaie courante en ce début de siècle. Un tonnerre d’applaudissements se fit entendre sous le dôme de l’Hexagone, la verrière armée laissait apparaître un ciel triste qui contrastait avec l’enthousiasme de la foule. « La génétique ne ment pas et c’est pourquoi nous sommes aujourd’hui réunis. Tous et toutes avez passé les tests de sélections durant ces deux derniers mois, merci de votre persévérance, merci d’être qui vous êtes ! » Cent cinquante personnes étaient réunies face à Liam Fodden, cependant chacune d’entre elles semblait appartenir à un présent où la fin des temps venait d’être annoncée, car ce prêche ne faisait qu’éloigner la perspective d’un futur où la prédiction génétique ne serait pas devenue la norme. Nina était en extase, elle avait été choisie. Son futur à elle sera radieux, son futur sera l’avenir : elle pourra vivre un épanouissement sur le long terme, satisfaisant ses besoins à la hauteur de ses attentes, sans contrainte, sans négociation, sans heurts susceptibles de venir  corrompre son devenir. Sa vie jusqu’alors avait été faite d’une suite interrompue d’obstacles que cette histoire permettait de clore sur le champ. « InCorp+Partners s’engage à ce que vous puissiez bénéficier de la sécurité alimentaire, de l’accès au logement, mais également l’assurance d’avoir une communauté à vos côtés qui vous accompagne et vous challenge dans votre progression dans l’entreprise. Votre entretien et votre génotype nous ont indiqué votre signature, grâce à InCorp+Partners vous pouvez maintenant décidez de qui vous êtes ! La progression au sein de l’entreprise vous permettra d’accéder à toutes les strates amenant à la possibilité d’un épanouissement total et l’assurance de partager le bonheur qui vous est dû avec toute la communauté. Ici commence une révolution à laquelle vous avez été conviés. Si repousser les limites de la science est une chose qui a déjà été faite, ce que notre révolution souhaite c’est repousser les limites de l’humanité, qui ne veut plus supporter cette société à bout de souffle. C’est notre devoir de créer un futur plus sain, plus propre pour toutes et tous, et c’est ce que la communauté se donne comme ambition ! ».





Nina émue, se souvenait du premier entretien qu’elle avait passé comme d’un moment où elle s’était de nouveau découverte. Après avoir fourni un dossier assez important de papiers concernant son livret de famille, ses derniers revenus qui dataient d’il y a deux ans, ceux de son père, qui n’avaient jamais été ni réguliers, ni bien hauts, et ses qualifications sous la forme d’une lettre de motivation, elle se remémora ce qu’avait été le travail pour elle, des heures à pédaler sur une balance pour produire de l’électricité pour une autre entreprise. Son seul contact avec le monde extérieur, parce qu’elle pouvait travailler depuis chez elle, était son téléphone portable qui lui servait d’interface avec son employeur, relevant ses heures elle-même, diagnostiquant la vétusté du module électrique que l’entreprise lui avait alloué pour pouvoir gagner quelques billes.

Cette fois-ci le recruteur était assis face à elle, et après un bref échange, lui offrait des examens médicaux poussés qu’elle ne pouvait s’offrir, hémogramme, test à l’effort, dont résultaient un séquençage génomique pour mieux comprendre son métabolisme et ses besoins physiologiques. C’était un luxe. Ainsi la carte étalée de ses gènes se donnait à voir décrivant tout ce dont son corps était capable. Mis à plat, c’était un corps sans corps qui s’exprimait dans une langue sourde et mathématique. InCorps+Partners a commencé à être connue grâce à un abonnement mensuel pour des doses alimentaires conçues à partir de l’analyse génétique des besoins nutritionnels de chacun, qui respectent le corps et assure l’apport calorifique indispensable au bon fonctionnement du métabolisme. Les crises successives ayant réduit l’approvisionnement des ressources comestibles pour ne laisser que les denrées de première nécessité circuler au sein des villes, il ne restait désormais plus que la synthèse de molécules pour subvenir à toute la palette des besoins humains. C’est dont l’entreprise était devenue la spécialiste, et même la numéro un du complément alimentaire.  En partageant le futur de celle-ci, Nina avait la garantie que maintenant, cet abonnement, dans sa formule la plus complète, lui serait désormais gratuitement accessible, et cela la faisait se sentir accomplie, maîtresse d’elle-même, capable d’évoluer, libre. Cette sensation de chaleur au fond du ventre qui remonte jusqu’au cœur, les poumons qui expirent un souffle chaud teinté d’orange, de lever du jour, de lumière réconfortante qui faisait de la nuit un vieux souvenir et rendait le paysage qui entourait Nina aussi étincelant qu’elle-même.





Le paysage accueillait la lumière fade de l’extérieur de la salle de conférence, une lumière timide d’une fin de matinée de novembre, comme si le soleil oriental était paresseux à l’idée d’éclairer encore une fois l’est du globe. Nina, elle, enivrée ne pouvait tenir en place, et voulait descendre vers l’ancien port devenu une station de désalinisation irriguant la ferme à molécules de l’entreprise.

La première enceinte dans laquelle elle se trouvait, la plus ancienne, ressemblait au dessin d’une ville par un jeune enfant car l’échelle des bâtiments était toute différente les unes des autres, et chacun avait sa propre identité, comme un collage forcé entre différentes architectures et fonctions, labo, salle de conférence, vigie, etc. Nina se rappela le tapis sur lequel elle jouait enfant, des routes et des bâtiments écrasés par des petites voitures en plastique qui glissent sur la bouclette serrée. Ce souvenir lui donnait l’impression de se trouver dans un endroit familier où les possibles sont à écrire à travers la naïve architecture du lieu. L’organisation des bâtiments , de grands rectangles se répondant légèrement en quinconce dans le paysage et traçant des lignes en pointillés, qui formaient un ensemble d’angles droits sévères totalement différent de son tapis de jeu ondulant, lui semblait aussi très rigide. L’armée des angles bétonnés était encerclée par l’enceinte extérieure, et ces éléments se confrontaient comme deux époques éloignées d’une même histoire. Le pôle de recherche et développement était né de la transformation progressive de l’ancienne université de Luminy en  un complexe privé d’enseignement, avant d’appartenir entièrement à InCorp+Partners. Ces bâtiments sont les dernières traces de ce que l’enseignement public avait pu être, pour Nina, il en ressortait la sensation d’une froideur, qui accompagnait bien les pins carbonisés qu’elle voyait comme des pattes de mouches le long de la Gineste. En intégrant l’entreprise, Nina sera formée aux nouvelles technologies, et plus elle avancera les échelons, plus elle aura l’opportunité de s’orienter vers ce qui l’intéresse le plus. En soi, ce n’est pas tellement différent de la hiérarchie qui existait dans l’enseignement public. C’était un système de sélection qui éliminait au fur à mesure ceux qui ne se canalisaient pas dans les désirs de l’institution et qui semblait offrir de plus en plus de choix à ceux qui s’accrochaient à leurs notations. Mais, plus ils étaient diplômés, plus les étudiants qui avaient accompli des études dites « supérieures » ne trouvaient malheureusement que trop peu de travail dans la branche qu’ils avaient choisie. Son père avait été un étudiant en droit, après un concours pour obtenir le droit de défendre des clients, il s’était retrouvé le bec dans l’eau quand les comparutions immédiates étaient devenues une norme pour les jugements. Quant à son travail en cabinet, qui est était bien loin de ce qu’il avait appris sur les bancs de la fac, il avait tourné court : après un bref engouement pour le droit des affaires, faute d’entreprises nouvelles, il s’était reconverti à toute berzingue en chauffeur dans les transports publics.

« Quelle perte de temps ! » pensa Nina. « Au moins maintenant, ce qui est sûr, c’est qu’emploi et étude ne seront plus jamais dissociés ! ». « Tous les novices peuvent rentrer chez eux. La formation débutera demain matin, neuf heures à l’Hexagone, un e-message vous sera envoyé sur vos tablettes au moment où vous quitterez les lieux pour vous rappeler les indications. Les camions vous attendent devant l’enceinte extérieure et vous ramèneront aux différents points chutes. » La voix venait de haut-parleurs. Nina se dirigea vers le PC sécurité, le franchit en sens inverse, et monta dans un camion bâché où le paysage surgissait, flou, à travers les hublots de plastique qui servaient de fenêtre. La route était encadrée de chaque côté par des murs de béton assez hauts et lisses pour ne pas être enjambés. Le camion glissa comme dans un tunnel sans toit jusqu’à un autre poste de sécurité qui délimitait la fin du territoire de l’entreprise. « Je n’étais plus à Marseille », pensa Nina. Personne ne se parlait, tous étaient concentrés sur le chemin à prendre, à ressentir les nids de poule dans la route, à observer l’état des maisons, à constater laquelle était encore habitable ou non, à croiser le regard d’un badaud le long d’un trottoir vide, à écouter le silence et parfois les cris d’une dispute, à contempler toutes les voitures à l’arrêt sur le côté, ternies par la poussière. Surtout, il fallait compter les camions, les camions de secours, ceux de l’armée, ceux des associations d’aide aux délogés, les camions d’entreprises comme celle de Nina, les camions de la police, les camions des élus, et les camions de ceux qui avaient assez d’argent pour avoir le leur. Les camions étaient devenus le signe d’une bonne santé urbaine, car ils indiquaient le degré d’implication de tous dans la ville, le jour où il n’y aurait plus de camion, c’est qu’il n’y aurait plus aucun meuble à sauver. Le premier arrêt du convoi fût à côté d’un check-point militarisé sur un croisement de deux larges boulevards - les camions étaient systématiquement contrôlés de peur d’une attaque terroriste. 




La présence des militaires permettaient d’encadrer les banques alimentaires distribuant de la nourriture, mais surtout l’eau qui était devenue difficilement accessible. Ces intersections sous protection étaient devenues, au fil du temps, l’équivalent des anciennes places des centre-villes où chacun troquait information et ce qu’il avait contre un service ou une bouteille de gnôle. Tout cela se passait si furtivement que les militaires n’avaient pas besoin d’intervenir, comme si ces chorégraphies avaient étaient mises au point par des gymnastes en manque d’adrénaline. En continuant la route, le camion arrivant près du centre, croisait de plus en plus de personnes, les rues s’animaient. Nina descendrait au prochain arrêt. Elle emplit ses poumons de l’air du camion comme si celui-ci portait en lui ce qu’il y avait de promesses quand elle était à Luminy, comme si cet air portait l’assurance de sa validation au sein de l’entreprise, elle bloqua sa respiration quelques secondes, comme pour mieux profiter de ses bienfaits. Les yeux clos, elle attendit que le camion s’immobilise pour réapparaître, comme sortie d’un rêve, dans cette réalité pesante qu’elle connaissait si bien. L’air qu’elle respira en descendant du camion sentait la fumée. Un feu brûlait quelque part, mélange de plastique et de bois que la fin d’automne annonçait comme recrudescent l’hiver venant. L’odeur de la zone, le parfum de l’errance et du froid. Nina s’enfonça dans une rue, esquivant les fantômes des boulevards, tous à la recherche de quelque chose de manquant, médicament, eau ou nourriture, Nina ne pouvait rien pour eux. Incorp+Partners la rendait un peu plus responsable, enfin capable de se préserver. Elle glissa dans sa rue jusqu’à son immeuble où rien ne bougeait, entra dans le hall ouvert à tous vents où venaient s’engouffrer, pêle-mêle, détritus et sans domicile fixe. Elle monta les cinq étages, pénétra dans l’appartement, se rendit dans sa chambre où, sur le sol le long de sa fenêtre, poussaient dans des bacs différentes espèces de plantes. Nina se pencha et les examina une par une, consciencieusement, elle baladait son regard sur chacune d’elles Elle avait aussi son compound privé, son propre territoire sur lequel agir, une terre promise, un objectif à réaliser, une terre à protéger. Elle faisait croître secrètement ce qui était pour elle une source d’apaisement : un univers potentiel sur lequel elle aurait tous les droits.




Série de photographies prises sur le campus de Luminy par Romane Iskaria.



UTOPIES, DYSTOPIES :
L’EXEMPLE DU CAMPUS DE LUMINY
Un texte de Kelly Soulié, historienne de l’art


Il apparaît intéressant d'observer l'application concrète de ces notions liées d'utopie et de dystopie quand elles sont directement rattachées à l'idée de l’Université. « Le campus, utopie en miniature, est un véritable lieu de vie1 » et c'est, en effet, un endroit cristallisant de nombreuses problématiques sociales, comme l'accès à l’éducation, l'ouverture sur le monde et aux étrangers, l'évolution du système éducatif ou encore la place du logement. En ce sens, l'architecture vient refléter les différentes décisions et choix politiques liés à ces questions. Ces enjeux, complexes, s'incarnent au sein d'un territoire spécifique à Marseille : le campus universitaire de Luminy.

Luminy : petit point historique

Avant de devenir la propriété des moines de l’abbaye Saint Victor au XIe siècle, Luminy est un site exploité pour ses sols fertiles par des paysans qui dépendent de la paroisse de Mazargues. Le lieu-dit de « Luminie » apparaît en 1005 lors de l'union du vicomte Foulques et d'Odile de Vence. En 1242, les bâtiments existants sont agrandis et destinés à recevoir l'ordre monastique féminin du plan Saint-Michel. Puis Luminy devient un domaine familial : il apparaît dès 1754 sur une carte gouvernementale de la Provence. Au XVIe siècle, la propriété appartient à la famille d'Ollières, et en 1819 le terrain est racheté par Augustin Fabre, l'un des plus riches armateurs de Marseille au XXe siècle. L'agriculture et la viticulture restent les activités principales du domaine, et les installations sont modernisées. Paul Fabre en devient l'unique propriétaire à partir de 1923, et transforme Luminy en un espace de sociabilité mondain. Il réalise de nombreux travaux comme la rénovation du parc ou l'ouverture d'une route donnant accès aux calanques. Ce n'est qu'en 1945 que Luminy entre dans le domaine public et devient la propriété de l'Etat. La bastide sert à ce moment là de lieu d'accueil pour les colonies de vacances.

La décision de construire un site universitaire à Luminy se fait dès 1961 par Gaston Deferre, dans cette « zone de plein air » boisée de près de 1000 hectares. Le campus commence à accueillir des étudiants en 1966.

De l'université américaine à l'université marseillaise ?

René Egger est l'architecte en charge de la conception et de la réalisation des différents bâtiments du complexe universitaire de Luminy. Conseiller technique du ministère de l'Education nationale pendant vingt-six ans, nommé architecte des Bâtiments civils et Palais nationaux en 1955, René Egger bénéficie d'une autorité certaine pour mener à bien son projet. Ce dernier est d'abord pensé pour établir un campus exclusivement scientifique, et le projet évolue en accueillant l'école des Beaux-Arts et l'école d'Architecture dès 1967, ainsi que l'école supérieure de commerce et la faculté des sciences du sport. Trois types de locaux doivent être construits sur le campus de Luminy : les bâtiments destinés à accueillir les salles de travail et les amphithéâtres, les bureaux de l’administration, les bureaux dédiés à la recherche. L'université est pensée comme une entité administrative en tant que telle, rejoignant sa définition historique qui en fait une « institution d'enseignement supérieur et de recherche constitué par divers établissements (collèges, facultés, etc.) et formant un ensemble administratif »2.





Le campus de Luminy en 1968 (Le Figaro, fin février 1968)



    La construction des campus en France, après-guerre, se calque sur le modèle des universités américaines. Celles-ci deviennent des exemples à suivre, incarnant de véritables utopies en miniature. Ces universités trouvent d'abord leur place à l'extérieur des villes, et le campus de Luminy, se situant à l'extrême sud-est de la ville, au sein du massif des Calanques, illustre de manière franche cette distanciation vis-à-vis du centre urbain. Pour le confort des étudiants, on construit de larges bâtiments en béton et des espaces piétons pour facilement circuler entre ces structures. Une place considérable est également accordée aux espaces verts et boisés, participant au bien être des étudiants à l'image du campus de Montmuzard (faisant désormais partie de l'Université de Bourgogne), à Dijon, comme peut en témoigner son ancien recteur Marcel Bouchard :

  « Je rêvai d’une belle Université pareille aux Universités d’Amérique, étalée sur de larges champs verts, d’édifices étincelants dans leur robe de pierre neuve, d’une cité des études qui serait un asile de recueillement »3

Les étudiants auraient ainsi la chance d'évoluer dans des conditions idéales d'apprentissage. La place accordée à ce confort participerait à envisager l'université comme un lieu de rencontres, d'échanges d'idées, propice aux différents débats : en bref, un espace qui génère du lien social entre étudiants. L'Université rêvée est celle-ci : elle porte en elle l'énergie du collectif lui permettant de représenter un véritable lieu de vie. Plusieurs plans politiques en faveur des universités (Université 2000, Université du troisième millénaire, Plan Campus) ayant pour but d'améliorer le mobilier universitaire et les structures vieillissantes ont permis d'équiper le campus de Luminy. On peut désormais travailler dans une bibliothèque flambante neuve, prendre un café dans le tout récent patio ou encore ... lézarder sur des transats.






Le patio central de l’Exagone, achevé en octobre 2018, et les transats extérieurs


Ainsi, l'espace public est, à Luminy, voué à favoriser les échanges et la relaxation : il est conçu comme une bulle, loin de ce qui se fait en centre-ville, où l’exclusion s’incarne dans les différents dispositifs anti-SDF…

Réalités dystopiques

Cette recherche de bien-être, mise en place au travers des différentes et successives modernisations des équipements, devient superficielle. Elle prend en effet le pas sur les questions impliquant directement les conditions de vie et d'étude de l'étudiant, celui-ci se retrouvant dans des situations où ses propres intérêts ne sont pas pris en compte.

En découlent plusieurs problématiques dont la première est directement liée à la situation géographique du campus de Luminy, qui impose une distance marquée par rapport à la ville. L'étudiant doit faire un choix : rester vivre dans le centre urbain ou habiter sur le campus. Et il est vrai que cette dernière idée devient attirante quand on s'aperçoit de la difficulté de l'accès aux transports et des temps de trajets, et ce malgré la mise en place de bus « à hauts niveaux de services »4. Cet éloignement géographique a pour conséquence un coût social important. Une étudiante de l'ENSBA de Luminy en témoignait déjà en 1979 : «  (…) on est complètement coupés de la vie de Marseille, de la vie pratique et de ce qu'on pourrait faire avec les gens »5. Le temps passé dans les transports s'ajoute au temps de travail salarial (rappelons que près d'un étudiant sur deux est salarié) dont l'impact est immédiat dans la pratique des études.

Pour les étudiants ayant fait le choix de vivre sur le campus, la problématique sociale ne disparaît pas pour autant. Elle apparaît selon d'autres modalités, et des lieux comme la cafétéria ou le restaurant universitaire, censés être des espaces de sociabilité, sont désertés le soir venu et le week-end. Les horaires d'ouverture et de fermeture de ces structures sont en effet déterminées par le rythme d'études : en dehors de ces heures de travail, ces lieux sont ainsi laissés vacants. Le campus s'incarne alors dans une temporalité dictée par le travail et la productivité.

Il est difficile d'imaginer, dans ce contexte, la mise en place de dynamiques collectives porteuses d'idéologies. La réflexion et la mobilisation étudiante se trouvent empêchées par tout un ensemble de systèmes de contrôles, dont la présence est sensible en de multiples aspects. Le regroupement des étudiants dans un même espace permet effectivement d'avoir un regard sur ceux-ci où travail, détente et socialisation se confondent. La limite devient floue entre le moment du travail et celui du loisir : l'étudiant est poussé à passer son temps libre avec des individus qui deviendront probablement ensuite ses collègues de travail. Le temps libre est donc un autre temps de la capitalisation, celui du réseautage. La concurrence entre les étudiants est ainsi une conséquence logique de la valorisation des individualités, non pas pour ce qu'elles portent en elles, mais pour la valeur économique qu'elles peuvent offrir dans ce système éducatif.

Ces différentes problématiques répondent à un système de sélection universitaire toujours plus compétitif, où chacun des étudiants est amené à produire des résultats chiffrés, à l'image des objectifs des entreprises. Le classement de Shangaï vient illustrer cette volonté de croissance qui se légitime, pour l'université d'Aix-Marseille, dans son affirmation « comme une grande Université Internationale, ancrée dans son identité territoriale »6. L'attractivité et le rayonnement des universités, censées être publiques, devient ainsi un enjeu majeur dans un système où les différentes variables sont de plus en plus soumises à la rentabilité.






Evolution du placement d'Aix Marseille Université dans le classement de Shangaï depuis 2003
@shanghairanking.com



L'école de Commerce Kedge Business School, dont la propriétaire est la chambre de commerce et d'industrie Marseille Provence, affiche explicitement ces enjeux de capitalisation de l'éducation. Implantée depuis 1968 à Luminy, sur une parcelle de 47 437 m², elle a récemment mis en place un plan de modernisation des équipements et des locaux qui intègre l'extension du campus sur plus de 6600 m². L'objectif de ce plan est « d'apporter une nouvelle qualité de service en adéquation avec les attentes de son écosystème et avec son positionnement ancré autour de l’entrepreneuriat, de la RSE et d’une pédagogie innovante et digitale »7. L'innovation est en effet au cœur de cet objectif. Le terme Innovation, d’un point de vue sémantique, se rattache directement au domaine économique : il constitue, selon le Manuel d'Oslo, en une « mise en œuvre d'un produit (bien ou service) ou d'un procédé nouveau ou sensiblement amélioré, d'une nouvelle méthode de commercialisation ou d'une nouvelle méthode organisationnelle dans les pratiques de l'entreprise, l'organisation du lieu de travail ou les relations extérieures ».8 Dans ce programme de modernisation des équipements, Kedge a ainsi pour volonté d'offrir à ses étudiants les meilleures conditions d'études, avec des « espaces à haut niveau technologique » où l'on peut notamment trouver des “executive center”, un hub et une business nursery. Chacun de ces lieux participent à faire de l'école un moteur de l’entrepreneuriat, où les valeurs pédagogiques sont alors renégociées en valeurs économiques.


Pinède rasée pour l’extension de Kedge
@Madeinmarseille.net

L'architecture prévue pour cette extension du campus illustre également cette capitalisation fortement liée à l'élévation sociale : les bâtiments sont construits en strates successives, étagées, et les volumes gravissent la colline. Bien que le projet soit légitimé par un souhait de réduction des consommations énergétiques9, la création de nouveaux locaux sur une partie du Parc National des Calanques met en danger la faune et la flore présente sur le territoire.



Projet de perspective de la façade de l'extension du campus
@Kedgebusinessschool

L'exemple du campus de Luminy questionne sur la place et les différents rôles de l'Université dans notre société. En s'adaptant aux systèmes économiques actuels, elle redéfinit ses missions en accordant à la fois le domaine du savoir mais aussi celui du capital. Outil du pouvoir en place, elle ne se cache pas de son objectif de générer de la valeur économique pour s'intégrer dans un système de plus en plus compétitif. L'idéologie libérale se déploie ainsi dans le monde académique, s'éloignant des utopies universitaires portées par les dynamiques collectives. La réussite ne s'exprime plus sur le long terme, à travers notamment la recherche universitaire, mais dans des résultats immédiats et chiffrables, encadrés par les start-up de plus en plus nombreuses sur le campus. L'introduction du privé dans le système universitaire public ouvre l'université au marché, dont une des conséquences est la création d’une véritable « économie de la connaissance »10.

L'enjeu de l'articulation entre la ville et le campus, défaillante à Luminy, est rendue visible dans la récente décision des politiques publiques de développer un quartier universitaire, l'Institut Méditerranéen de la ville et des territoires (IMVT), autour de la Porte d'Aix. L'IMVT regroupe les trois écoles ENSA-M, ENSP et IUAR avec pour aspiration de multiplier les connexions et la porosité entre les filières. Cette volonté répond en fait aux objectifs socio-économiques poursuivis par les collectivités territoriales et Euroméditerranée, dont la motivation est d'être « à la hauteur des enjeux de la métropole Marseillaise »11 pour constituer « une métropole des savoirs ». Le statut social de l'étudiant sera ainsi renégocié ; au cœur de la ville, il n'est plus seulement un étudiant mais un consommateur, participant aux différentes formes de gentrification12.




Pour aller plus loin :

- 1POIRRIER Philippe, « Le campus, au cœur du système culturel américain » in Paysage des campus : urbanisme, architecture et patrimoine, Editions universitaires de Dijon, Dijon, 2009, p. 21.

- 2https://www.cnrtl.fr/definition/université

- 3Marcel Bouchard, Souvenir du 12 octobre 1957, Dijon, Université de Dijon, 1958.

- 4MAX Adrien, « Marseille : Horaires non respectés, bus bondés, bouchons, la galère des étudiants pour se rendre à Luminy », 20 minutes, 25 oct. 2019. Accès en ligne : https://www.20minutes.fr/societe/2635923-20191025-marseille-horaires-non-respectes-bus-bondes-bouchons-galere-etudiants-rendre-luminy

- 5Archive vidéo INA, «  Archi, fanfare et beaux-arts », France régions 3 Marseille, 21 sept. 1979, 13'47 min. Accès en ligne :https://www.ina.fr/video/RAC00003467

- 6Discours de présentation des Vœux 2020 d’Éric Berton, Président d’Aix-Marseille Université. Accès en ligne : https://www.univ-amu.fr/fr/system/files?file=2020-01/DIRCOM-Voeux%202020-Eric%20Berton.pdf

- 7Source : https://projetkedgeluminy.com/le-projet

- 8Manuel d'Oslo, Principes directeurs pour le recueil et l'interprétation des données sur l'innovation, Troisième édition, OCDE, 2005, p. 54. Accès en ligne : https://read.oecd-ilibrary.org/science-and-technology/manuel-d-oslo_9789264013124-fr#page56

- 9« C’est un fait : la vétusté et le manque d’isolation des locaux actuels, construits en 1970, génèrent une forte consommation énergétique, y compris pour des besoins de climatisation. Avec le projet d’extension et de rénovation du campus de Kedge Business School, 20 % de cette consommation globale serait réduite, notamment en optimisant l’isolation des bâtiments. » Source : https://projetkedgeluminy.com/le-projet

- 10Julien Duval, « Retour sur l’évolution universitaire en France » in Questions de communication [En ligne], n° 23, 2013, mis en ligne le 31 août 2015. Accès en ligne : http://journals.openedition.org/questionsdecommunication/8423

- 11Dossier d'expertise et d'évaluation socio-économique pour l'institut méditerranéen de la ville et des territoires IMVT, septembre 2016, Région Provence Alpes Côte d’Azur Marseille, p. 11. Accès en ligne : https://daji.univ-amu.fr/sites/daji.univ-amu.fr/files/ca_deliberations/delib_04_imvt_c.pdf

- 12« Ces implantations universitaires participeront à faire évoluer l’image de ce quartier et seront motrices dans la dynamique de renouvellement urbain engagée. » Ibid., p. 9




LA CHRONIQUE D’INES : D’UNE DOLCE VITA PROVENÇALE
VIVRE SUR LE CAMPUS DE LUMINY


[Inès est étudiante en architecture à l’ENSA-Marseille, qui se situe encore sur le site de Luminy]

    “ Le campus de Luminy, contre toute attente, ne doit pas son nom aux Lumières qu’il héberge et à qui il offre les enseignements supérieurs de nombreuses disciplines.


Je suis entrée à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Marseille en septembre 2015. C’est à ce moment-même que j’ai quitté la maison de mes parents pour une somptueuse chambre de 9,9m². Quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai découvert que la totalité du mobilier - à savoir un jeu d’étagères murales fixé le long du mur ainsi que la porte d’entrée - était d’une seule couleur : RGB 245, 103, 107, ce qui se rapproche d’un Pantone 178c. En d’autres termes, cette couleur était directement inspirée d’un pavé de saumon supérieur que vous dégusteriez dans votre meilleur Resto U. Néanmoins, dans mon malheur chromatique, je me permettais de relativiser au regard de ceux qui logeaient dans une chambre orange délavé ou pire, dans une chambre ocre délavé. Moi qui ai pour habitude (voire névrose) de préférer les pigments aseptisés et collectionne des objets blancs, noirs ou dérivés j’ai, avec le temps, appris à déceler et apprécier, parfois, ce que la lumière offre au bois compressé recouvert d’une chose rose collée dessus. J’estime avoir eu de la chance quant à l’emplacement du bâtiment que j’habitais.


@ Romane Iskaria - 9m²


Il faut savoir que parmi les grandes barres faussement corbuséennes, trois se situent à l’est du campus et trois autres à l’Ouest. Vous apprécierez cette fois-ci l’ordre colorimétrique du trinôme Est, composé de façades respectivement bleues, jaunes et vertes. J’ai toujours été assignée à l’est, orientée ouest ; donc géographiquement proche de mon école et par ailleurs, disposant d’une vue incomparable - sinon comparable à celle d’une autre chambre - sur le mont Puget. Le mont Puget, c’est le grandiose du décor. Ce rocher symbolise le principal (je ne dirai pas unique) avantage de cet illustre campus.


Vous n’êtes pas sans savoir que Luminy se situe aux portes du Parc national des Calanques. À mon sens, une telle proximité avec ce parc est une chance pour les personnes pratiquant le site. C’est un cadre méditerranéen où poussent maquis, cyprès et pins parasols, où les embruns d’iode sont portés par le mistral et dans lequel, durant les beaux jours, le jeudi soir, on s’enivre aux tables à coup de Captain Morgan ou de Jack Miel avant de se rendre à la Palmeraie ou aux Caves de Vaufrèges - pour une énième soirée étudiante. Dieux merci, par leur éloignement géographique, les Beaux-Arts et l’École d’Architecture sont relativement préservés de ce monde d’égarement scolaire et de musique commerciale. Les tables représentent plus ou moins le coeur spatial du campus. C’est une esplanade sur une petite butte, abritée elle aussi par des pins parasols. À l’image de l’Acropole, son sol permet de lier le Restaurant Universitaire, le TechnoSport et l’Hexagone (médiathèque). Au sud, on trouve les gymnases et le stade, au nor les bâtiments des facultés. Pour être honnête, cela m’aurait plu de faire plus de soirées aux tables et de rencontrer des personnes d’autres universités. Pour le peu de temps que j’ai passé là-bas, j’en garde de bons souvenirs. Vous comprendrez que mon expérience n’est sûrement pas des plus représentatives. D’après moi, les étudiants se situant sur la côte est du campus ne sont pas réellement imprégnés de cette vie luminienne. Pour les Beaux- Arts et l’École d’Architecture, ceci est, certes, dû au fait que leurs bâtiments se situent à l’extérieur du campus, mais aussi à cause (ou grâce) au rythme de vie/travail des étudiants qui est différent de celui que peuvent mener leurs compères en faculté. Ceci étant dit, cette question ne sera plus d’actualité d’ici quelques années ; du moins au regard des architectes puisque ces derniers s’apprêtent à troquer leurs pins parasols pour l’IMVT (Institut Méditerranéen de la Ville et des Territoires) actuellement en chantier à Saint-Charles. En effet, notre école déménage en ville. Quand on écoute les bruits de couloir, les avis divergent. Un sujet en entraînant un autre, il me faut poursuivre le détail des conditions géographiques de Luminy. Même si le neuvième arrondissement de Marseille nous parle de calanques, de plages et de cabanons, le campus est néanmoins éloigné de la ville. Pour des étudiants en architecture, habiter le pittoresque c’est bien mais pas suffisant.


@Carte du campus

Ma première année était la plus divertissante en tant que locataire de l’État. Un grand nombre de mes voisins de paliers étudiaient dans la même fac et moi j’appréciais avoir de la compagnie quand je rentrais. Le couloir, seuil direct de notre espace personnel et respectif duquel nous profitions au sein de cette grande ville, faisait office d’entrée, parfois de vestibule, de salon, de salle de jeu, de salle de fête. Il constituait l’extension de ma chambre comme sa première limite finie. La cuisine commune nous permettait de manger ensemble lorsque certains y installèrent une table (qu’on nous a rapidement retirée) et faisait du couloir une vraie colocation. En revanche, quand l’humeur n’y était pas, elle devenait traquenard et s’y rendre me faisait prendre le risque de croiser quelqu’un. L’extension du couloir, c’était l’escalier de secours - la terrasse. C’est un colimaçon maçonné, haut, peint en blanc, avec un poteau central et un garde-corps, un muret d’environ un mètre de haut. Ces escaliers me font encore penser à des ailettes ou des oreilles accolées aux bâtiments bleu, jaune et vert. L’escalier, c’était là où je faisais mes pauses pendant les charrettes ; là aussi où l’on discutait tard le soir. Enfin, le jeudi soir, après avoir accueilli sur son lino un grand nombre de personnes qui n’habitait pas ses chambres, le couloir se vidait au profit des tables. Il m’arrivait de faire apéro dans ce couloir et de les laisser se diriger là-bas, m’adonnant à mes études nocturnes ; et j’entendais la musique qui résonnait dans le coeur du campus. Je pourrais vous raconter que l’un de mes voisins/coloc avait entièrement recouvert sa chambre de gazon synthétique et qu’il nous avait fait des paillassons avec les chutes, ou qu’un autre avait gravé nos noms sur un pan de Placo (rose) du couloir, à la clé, et qu’à partir de quelques gravures s’est constitué un monument retraçant la liste de tous les illustres personnages de cette allée. Ma première année fut celle qui me laissa les seuls et meilleurs souvenirs en tant qu’habitante de Luminy.



@ Croquis de la chambre d’Inès

La deuxième année, j’ai eu le droit à la même chambre, à la même orientation, un étage en dessous, un bâtiment plus loin ; mais cette fois-ci mes étagères étaient jaunes. Ça me déplaisait moins. En revanche, je ne connaissais personne dans ce couloir. Je re-croisais parfois ceux de l’année précédente mais in fine, nous avons perdu contact. L’année suivante, j’ai franchi un cap dans l’échelle surfacique de la chambre U. J’ai obtenu une studette de 14,8m² dans le bâtiment B (le jaune), tout juste rénové. L’aménagement et la surface de la salle de bain étaient très corrects et je ne pouvais plus l’identifier à celle d’un camping-car. La cuisine-tte s’enfilait le long de la salle de bain ; autant dire que je ne fis plus aucun effort de sociabilité avec quiconque dans ce bâtiment. Je regrettais mes voisins de première année. Les murs étaient blancs, le mobilier motif bois, j’étais au quatrième étage, soit le dernier ; un vrai penthouse. Ma fenêtre se situait tellement haut par rapport au niveau du sol que les oiseaux se posaient sur la corniche du dessus ; c’était l’un des inconvénients, mais d’autres disaient que c’était la preuve que je vivais avec la nature. En quatrième année, je suis partie à l’étranger. Année de logement bonus, je vivais en ville. Vous vous direz qu’après tant d'amour pour les chambres universitaires, j’eus mis en place un stratagème pour vivre autre part. Que nenni ! Il fallait que cette histoire donne lieu à un accomplissement. C’est donc en septembre dernier que j’ai fièrement accédé à un T1 d’une superficie d’environ 20m², toujours côté est et toujours orienté ouest. Je vis désormais dans un CROUS de luxe. Permettez-moi de préciser que je suis au rez- de-chaussée. J’aperçois toujours le mont Puget mais j’ai le nez sur un parking. Ma chambre est la première à gauche de la sortie de secours, c’est plus pratique pour les pauses. Je ne néglige toujours pas l’accès privilégié au parc des calanques. Je n’ai pas appuyé ce point mais c’est un vrai plus pour ceux qui aiment courir ; ou ne serait-ce que pour prendre l’air. En quelques minutes, on passe de (vilains) bâtiments en bétons à un paysage époustouflant.


              

@ Photos prises par Inès

Cela fait désormais 5 ans que je suis nomade et dors la moitié de l’année chez des amis - le CROUS me doit la moitié de mes loyers. J’ai toujours sur moi une brosse-à-dent, un chargeur de téléphone et des affaires de rechange. Pourquoi ? Parce que si je souhaite sortir ou ne serait-ce que travailler chez un-e ami-e qui habite en ville - du moins dans un quartier qui héberge plus d’humains que de sangliers - il m’est impossible de rentrer chez moi en transports en commun puisque ceux-ci ne fonctionnent pas au-delà de 00h30 - et vous n’êtes pas sans savoir que les architectes travaillent relativement tard dans la nuit. À la rigueur, si la soirée s’achève à cinq ou six heures du matin, j’ai la possibilité de les utiliser (afin de faire preuve de bonne foi, je vous passe les détails de fréquence et de temps de trajet). Entre minuit trente et cinq heure, je ne rentre pas dormir chez moi. Je n’ai peut-être pas beaucoup de connaissances sur le campus mais j’ai de merveilleux amis en école d’architecture qui disposent tous d’un appartement en ville. Un jour, ils viendront visiter mon pied-à-terre à la campagne.

@Lisa Birgand - Luminy

Malgré ma description dantesque, il faut préciser que ces logements proposent le meilleur rapport qualité-prix sur le marché du logement dans la région. Ils sont tous rénovés petit à petit et même si un certain nombre de services pourraient être améliorés, on y vit de manière très convenable. On y trouve aussi des dos-d’ânes d’exception, les plus remarquables de France. Mon point de vue n’est pas représentatif puisque comme précisé plus haut, j’ai l’impression que la vie étudiante à Luminy appartient plus aux facultés qu’aux écoles d’art et j’ai donc du mal à me sentir concernée par l’activité du campus. Le fait est que, par conséquent, nous ne connaissons pas beaucoup cette vie de communauté de l’enseignement supérieur. Ceci est aussi dû à des relations brouillées entre les gestions des facultés et des écoles (NB: jusqu’à présent, les facultés dépendent du MESRI tandis que les ENSA et les Écoles des Beaux-Arts du Ministère de la Culture). Au regard des manifestations et luttes auxquelles prennent part notamment les écoles d’architecture françaises mais aussi les corps universitaires à ce jour, je me demande si ces divergences de mode de vie auraient été si évidentes si les gestions étaient différentes.

PS : J’aurais été curieuse de connaître l’âge bastidaire ou maraîcher de Luminie ou encore l’âge d’or du campus, quelques décennies auparavant.

Inès.

NOTE DE CONFINEMENT - PLUSIEURS SEMAINES POST RÉDACTION

Je tiens à ajouter que je pense singulièrement à ceux qui la quarantaine durant, vivent en chambre universitaire, dans des espaces inadaptés - à cette crise - ou loin de leurs proches.

Ceci étant dit, on peut préciser que les bâtiments de Luminy ne connaissent pas le péril ni l’état indigne d’un (très, trop) grand nombre d’immeubles marseillais, la crise exacerbant les dangers physique et sanitaire que connaissent les habitants.”

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